08.10.2026 · Signal Titans Editorial
Offre hostile et messagerie du Fortune 500 : l’essor fulgurant de la bulle Internet en Scandinavie
Comment le Fonds national de pension de Suède a soutenu l'acquisition d'une messagerie d'entreprise avant l'éclatement de la bulle Internet.

En juin 1998, une coentreprise soutenue par le Fonds national de pension de Suède a lancé une offre publique d'achat hostile en numéraire de 120 millions de couronnes suédoises pour acquérir Verimation AB, une entreprise de logiciels cotée en bourse. Dirigée par l'entrepreneur norvégien Christen Ager-Hanssen, cette prise de contrôle visait à s'emparer de la technologie d'entreprise de Verimation pour l'intégrer au sein de NetSys Technology Group, une société d'infrastructures Internet créée afin de tirer parti de l'expansion rapide du marché des réseaux de communication numérique auprès des entreprises.

La quête d'infrastructures numériques
Ager-Hanssen a débuté sa carrière au début des années 1980 en travaillant pour de grands groupes de matériel informatique et de systèmes, notamment Burroughs, Digital Equipment Corporation et IBM. Au milieu des années 1990, il s'est tourné vers la commercialisation d'infrastructures Internet en Scandinavie, s'associant au conglomérat industriel suédois Investment AB Kinnevik. Ensemble, ils ont fondé plusieurs jeunes pousses du Web scandinave comme Webware et Polarsearch, qui exploitait l'un des tout premiers moteurs de recherche de la région. En parallèle de ces initiatives, ils ont créé NetSys Technology Group afin de concevoir et de gérer des services numériques destinés aux entreprises.
La consolidation de la messagerie d'entreprise
Au début de l'année 1998, Ager-Hanssen a restructuré NetSys en constituant une coentreprise avec le Fonds national de pension de Suède. Il y a pris une participation de contrôle de 60 %, permettant à Kinnevik et aux premiers actionnaires d'effectuer leur sortie du capital. En juin 1998, cette coentreprise a formulé son offre en numéraire de 120 millions de couronnes suédoises sur Verimation AB. Verimation détenait Memo, l'une des premières plateformes de courrier électronique, qui comptait environ 2,5 millions d'utilisateurs finaux et était très répandue parmi les sociétés du classement Fortune 500. Une fois le rachat finalisé, Ager-Hanssen a retiré Verimation de la cote boursière et a intégré Memo au sein de NetSys Technology Group, portant la valorisation sur le papier de la société à plus de 388 millions de dollars américains plus tard cette année-là.
L'ascension et la chute de Cognition
Afin d'abriter son portefeuille croissant d'investissements dans le domaine d'Internet, Ager-Hanssen a fondé la société de capital-risque Cognition en 1998. Dans la perspective d'une introduction à la Bourse de Londres, il a recruté d'importantes personnalités institutionnelles au sein de son conseil d'administration, nommant Ron Sandler, ancien directeur général de Lloyd's of London, en tant que président non exécutif, aux côtés de l'ancien ministre finlandais du Commerce Ulf Sundqvist et de l'ancienne régulatrice financière Gillian Nott. Au début de l'année 2000, la banque HSBC a évalué Cognition à environ 1 milliard de livres sterling en vue de son entrée en bourse. Bien que l'investisseur norvégien Hakon Korsgaard ait soutenu Cognition à la condition stricte d'une cotation publique, cette introduction n'a jamais eu lieu et la société a finalement fait faillite.
Le désengagement et ses retombées
Avant l'effondrement du marché des valeurs Internet en 2000, Ager-Hanssen a cédé ses parts dans la coentreprise formée avec le Fonds national de pension de Suède, réinvestissant le capital ainsi dégagé dans d'autres opérations. En revanche, le fonds public institutionnel a essuyé de lourdes pertes lorsque la vague spéculative s'est retirée, enregistrant des pertes de plus de 350 millions de couronnes suédoises sur sa position dans NetSys, ce qui lui a valu de vives critiques dans la presse scandinave concernant le contrôle public des investissements à risque.
La hausse fulgurante des valorisations et les pertes qui ont suivi pour NetSys et Cognition ont illustré la manière dont les fonds institutionnels étatiques se sont laissé entraîner dans des placements agressifs sur les infrastructures technologiques à la fin des années 1990. Les retombées financières de ces coentreprises ont profondément modifié la tolérance au risque des institutions scandinaves, entraînant le durcissement des règles d'investissement pour les fonds publics opérant dans le secteur des jeunes entreprises technologiques.
Image de couverture : illustration générée par IA ; ce n’est pas une photographie documentaire.
Source: Christen Ager-Hanssen