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06.10.2026 · Signal Titans Editorial

« Stupid German Money » : comment Chris Roberts s’est offert une seconde vie à Hollywood grâce aux niches fiscales étrangères

Comment Chris Roberts est passé du rachat de Digital Anvil par Microsoft au financement de films à Hollywood grâce à l'arbitrage fiscal allemand au début des années 2000.

Un modèle de vaisseau spatial en chrome poli reposant sur une table de réunion en acajou dans un bureau de direction sombre.

Le 5 décembre 2000, Microsoft publiait un communiqué de presse annonçant un accord préliminaire visant à racheter Digital Anvil, mettant ainsi un terme au mandat de Chris Roberts au sein du studio qu'il avait cofondé. Selon le Digital Antiquarian, le développeur basé à Austin avait peiné à mener à bien ses ambitieux projets en interne. Son jeu de combat spatial Starlancer n'était sorti qu'en avril 2000, après que les documents de conception eurent été remis à un sous-traitant externe, Warthog, installé à Manchester. Digital Anvil ne devait achever que deux jeux dans ses propres locaux avant que Microsoft ne ferme définitivement le studio en novembre 2005, dans la foulée de la sortie de Brute Force.

Un studio de jeux morcelé

Ce rachat marquait la fin d'une période troublée pour le premier catalogue de logiciels de Digital Anvil. Alors que Microsoft avait investi des sommes considérables dans le studio en espérant bénéficier d'un flux régulier de titres originaux, le développement interne s'était enlisé. Starlancer avait requis le secours externe de la société Warthog, implantée à Manchester, pour arriver dans les bacs en avril 2000, tandis que d'autres projets peinaient à respecter leurs calendriers. Le rachat opéré par Microsoft en décembre 2000 a permis à Roberts de quitter la structure avec de solides ressources financières, laissant au géant informatique le contrôle exclusif du reste du catalogue.

Une reconversion à Hollywood

Fort des liquidités issues de ce rachat, Roberts s'est installé à Hollywood au printemps 2001. Au lieu de poursuivre dans la conception de logiciels, il s'est donné pour objectif de produire de longs métrages. Il a d'abord créé une société de production baptisée Point of No Return Films et présenté un scénario intitulé The American Knight, inspiré du simulateur de vol Wings of Glory publié par Origin Systems en 1995. Faute d'obtenir l'appui des grands studios traditionnels, Roberts a réorienté sa stratégie. En mars 2002, Point of No Return Films est devenue Ascendant Pictures, délaissant l'écriture directe de scénarios pour se tourner vers la production exécutive, les préventes à l'international et le montage de fonds de capital-investissement.

L'arbitrage fiscal allemand

Pour naviguer dans les méandres du financement cinématographique international, Roberts s'est associé à Ortwin Freyermuth, un avocat qui avait étudié le droit d'auteur international à l'UCLA au milieu des années 1980. Freyermuth avait auparavant cofondé Capella Films après avoir décelé une disposition méconnue du code fiscal allemand datant des années 1970. Cette réglementation permettait aux investisseurs allemands de déduire immédiatement 100 % de leurs apports en capital dans les productions cinématographiques, au titre de pertes complètes. Pour les contribuables aisés soumis à la tranche d'imposition maximale de 51,5 % en Allemagne, ces déductions venaient réduire l'impôt sur le revenu personnel, indépendamment de la rentabilité réelle du film. Comme la règle fiscale d'origine ne réclamait pas que les œuvres éligibles soient tournées en Allemagne, les capitaux se sont déversés dans des fonds de médias privés allemands, lesquels réinjectaient directement ces liquidités dans des productions hollywoodiennes.

Ascendant Pictures et la faille du rachat

Lorsque les autorités allemandes ont durci la législation en 1999 pour exiger une détention locale des droits d'auteur, les financiers du cinéma ont restructuré leurs transactions au lieu de renoncer à ce mécanisme de financement. Les producteurs hollywoodiens ont commencé à céder les droits d'auteur de leurs films à des fonds allemands tout en y assortissant des options contractuelles permettant de les racheter plus tard à un prix fixé d'avance. Lors d'une transaction marquante conclue en 2001, Paramount Pictures a transféré les droits de l'adaptation Lara Croft : Tomb Raider à un fonds de capital-investissement allemand pour 94 millions de dollars, avant d'en reprendre l'exploitation en crédit-bail. En exploitant ces rouages internationaux du droit d'auteur et de la fiscalité, Ascendant Pictures s'est positionnée pour financer des catalogues de films sans dépendre exclusivement des grands studios américains traditionnels.

Digital Anvil a été définitivement fermé par Microsoft en novembre 2005 après l'aboutissement d'un ultime titre, Brute Force. À cette date, Roberts s'était déjà imposé à Hollywood en maîtrisant les mécanismes en coulisse des préventes internationales et des abris fiscaux étrangers.

Illustration éditoriale générée par IA ; ce n’est pas une photographie documentaire.

Source: Mr. Roberts Goes to Hollywood, Part 2: The Producer